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1998 · Much Against Everyone's Advice · Analyse à l’écoute

Too Many DJs

Chanson pop-rock qui commente la culture DJ depuis un album rock. Quatre ans plus tard, le titre deviendra le nom du duo mashup : prophétie involontaire.

La mise en place

Quatrième single de Much Against Everyone’s Advice, sorti fin 1998 sur PIAS. Groupe à quatre : Stephen Dewaele (chant, guitare rythmique), David Dewaele (guitare lead, claviers), Stefaan Van Leuven (basse), batteur de session. Enregistrement live-band classique, studio belge, production maison. Le morceau marche en single mais reste de niche. L’album est accueilli avec intérêt par NME et Melody Maker sans percer commercialement.

Structure du texte

Forme pop-rock standard : couplet / pré-refrain / refrain / couplet / pré-refrain / refrain / pont / refrain final. Les paroles commentent, avec une ironie affectueuse, la culture DJ qui explose en 1998 en Europe (Daft Punk, Fatboy Slim, Cassius, The Chemical Brothers). Refrain :

« What’s this, baby? / There’s too many DJ’s »

Pas de méchanceté dans la blague. Les Dewaele aiment ces DJs : ils sont leur génération. Mais la chanson dit une fatigue du format : trop de DJ stars, trop de hype, trop de prétention. Le morceau est un coup de coude amical.

Le geste : la friction douce

Ce qui fait tenir la chanson, c’est son ironie d’énonciation. Soulwax, groupe rock, écrit depuis l’intérieur du rock une chanson sur la culture DJ. Ils parlent de l’autre côté sans mépris, mais depuis leur côté. Quatre ans plus tard, ils deviendront eux-mêmes ces DJs, et l’ironie se retournera. Le morceau devient alors méta-prophétique : il commente un phénomène auquel il finira par contribuer.

Musicalement, construction guitare-basse-batterie très Pixies / Sonic Youth tardif : accords en suspens, pont instrumental, riff mémorable. Rien de club dans la sonorité elle-même. C’est un morceau rock sur le club, pas un morceau club.

L’arrangement

Tempo ~140 BPM (rapide pour un indie-rock). Tonalité mi majeur ou fa majeur selon l’oreille. Guitare principale saturée modérément, guitare rythmique en contre-chant, basse funk-rock, batterie live marquée sur le 2-4. Un synthé discret dans le pont (Korg ? Juno ?). Voix Stephen Dewaele directe, sans effet. Mixage années 90 standard : pas de compression excessive, pas de saturation bande marquée.

Filiation et résonances

En amont : Pixies (Surfer Rosa, 1988) pour la tension guitare-voix, Pavement (Slanted and Enchanted, 1992) pour le désinvolte ironique, Blur première manière (Modern Life Is Rubbish, 1993) pour le commentaire culturel sur une forme pop.

En aval : au moment de sa sortie, le morceau est perçu comme une pop-rock song honorable. Sa vraie résonance est rétrospective. En 2000, Stephen et David sont invités à Studio Brussel et commencent à faire des mixes mashupés en direct. Le public les surnomme « 2 Many DJs » d’après la chanson. En octobre 2000, la BBC les invite à l’Essential Mix sous ce nouveau nom. Le titre de la chanson est devenu l’identité du projet.

Lecture à la lumière des permanences

Permanence 1 — Le DJ-set pense l’album : pas encore, mais en germe. Too Many DJs est une chanson isolée dans un album de chansons. Le format album-comme-set arrivera quatre ans plus tard avec As Heard on Radio Soulwax Pt. 2. Mais la chanson contient déjà, dans son ironie d’énonciation, la conscience que le DJ-set est une forme qui compte, qui mérite qu’on en parle depuis un album rock. La permanence est encore souterraine.

Permanence 2 — Le frottement comme écriture : ici, c’est du frottement thématique, pas sonore. Le morceau est 100 % rock dans sa construction. Mais son sujet est la tension entre les mondes rock et club. La chanson pose la question qui sera le projet : comment écrire depuis l’un en direction de l’autre ? Deux ans plus tard, les Dewaele basculeront de l’autre côté : depuis le club vers le rock, via le mashup.

Pourquoi ce morceau et pas un autre : Too Many DJs est le seul morceau de l’œuvre Soulwax dont on peut dire qu’il contient, en germe, tout ce qui viendra. L’ironie, le commentaire cross-genres, la conscience des formats. C’est une chanson pop-rock de 1998 ; c’est aussi, lue en 2026, l’axiome posé d’un projet qui ne se laissera définir par aucun des registres qu’il traverse.

Décodage par écoute.